Témoignage de Sandrine J. (France)

8 Août 2016 , Rédigé par SNV Publié dans #Témoignages

Le syndrome du nez vide est une maladie iatrogène, méconnue, insidieuse et handicapante, causée par une chirurgie endonosale inadaptée, voire inutile en ce qui me concerne, provoquant de multiples symptômes dévastateurs.

 

L'ablation de la totalité mes cornets inférieurs et d'une partie de mes cornets moyens, organes indispensables au bon fonctionnement de la respiration, ayant par ailleurs un rôle humidificateur et protecteur contre la pollution, la poussière, les microbes et autres virus, m'a incontestablement occasionné des dégâts irréversibles, dont les conséquences, inattendues, ont détruit ma santé, brisé ma prometteuse carrière professionnelle et gâché ma qualité de vie.

 

J'insiste sur le fait que ces interventions chirurgicales, appelées turbinectomies, étaient injustifiées dans mon cas.

 

En novembre 1991, je suis traitée par antibiotique pour une angine, puis, une semaine plus tard, faute d'amélioration, par un antibiotique plus puissant. Ce dernier étant aussi inefficace que le premier, une radio des poumons décèle une pneumonie. Un arrêt de travail et un traitement, cette fois beaucoup plus lourd, me sont prescrits. Néanmoins, une toux persiste durant des mois.

 

En novembre 1992, à la demande du médecin généraliste, je consulte un ORL qui me propose de pratiquer une intervention chirurgicale dans mon nez afin de faire cesser cette toux. Je reste cinq jours en clinique. Des mèches, que je conserve une quinzaine de jours, sont placées dans chacune de mes narines. Après le retrait de ces mèches, des caillots de sang descendent durant des mois dans ma gorge. Je n'arrive plus à me moucher. Je respire très mal et des douleurs frontales et faciales apparaissent. La cicatrisation ne se fait pas.

 

En novembre 1993, soit un an plus tard, l'ORL pratique une seconde intervention chirurgicale qui, selon lui, stoppera les continuels saignements. Lorsque je me réveille de l'anesthésie, j'ai à nouveau des mèches dans les narines. Quelques semaines plus tard, je subis, sous anesthésie locale, une cautérisation dans ma narine droite.

 

Aucun compte-rendu opératoire ne m'est fourni après ces trois chirurgies.C'est alors que débute mon interminable parcours médical.
A la suite de brûlures dans le nez, la bouche, l'oesophage et l'estomac, je passe une première gastroscopie qui ne détectera aucune anomalie.

 

En janvier 1994, après la perte de mon emploi pour absences répétées, je retourne habiter dans ma région. Un médecin généraliste me prescrit un scanner afin de connaître la cause de mes violents maux de tête et de mes douleurs faciales irradiant jusqu'aux gencives et aux mâchoires.Le résultat révèle que tout a été détruit dans mon nez. Préoccupée à cette époque par l'éducation de mes jeunes enfants et la recherche d'un nouvel emploi, je ne pose aucune question, à tort.

 

Je ne me laisse pas abattre et ne parle à personne de ce qu'il m'arrive.Le temps passe et mes souffrances s'accentuent. Je ne respire plus normalement et suis dans l'impossibilité de me moucher. J'ai des sinusites purulentes répétées (j'ignorais ce qu'était une sinusite avant d'être opérée).

 

Mon sommeil devient léger, les maux de tête et douleurs faciales me laissent peu de répit. Je continue à avaler des croûtes saignantes et du mucus épais et collant que je ne parviens pas à expectorer. A force d'essayer de les évacuer par la bouche, en toussant, je fais remonter de l'acidité de mon estomac. Je suis fatiguée en permanence, j'ai du mal à supporter les trajets en voiture, les ascenseurs, les pièces closes. Je cherche mon oxygène.

 

Une importante anxiété survient et me perturbe durablement. Ma tension baisse constamment, descendant dangereusement à 8. Les aérosols, inhalations, lavages de nez, ainsi que les gels et gouttes nasales de toutes sortes sont inefficaces.J'ingère beaucoup de médicaments, notamment antibiotiques, antalgiques, anti-acides avec des effets indésirables notoires.

 

Je multiplie les consultations de spécialistes (orl, allergologue, stomatologue, cardiologue, neurologue, gastroentérologue, radiologue, homéopate). J'enchaîne les analyses sanguines et prélèvements de nez, bouche, gorge. Aucun diagnostique ne sera posé sur la provenance de tous mes maux.Les années défilent et je persiste à chercher désespérément l'origine d'une telle dégradation de mon état de santé. Je me rends chaque semaine à la médiathèque de ma ville où je consulte de nombreux documents médicaux.

 

En 2013, soit 20 ans après, je découvre un article qui retient mon attention. Il y est question de chirurgies nasales appelées turbinectomies (mot dont je n'avais jamais entendu parler jusque-là). Je suis stupéfaite. Cette même année, je consulte un nouvel ORL qui me confirme que mes symptômes, notamment une rhinite atrophique secondaire, découlent de mes turbinectomies.

 

En 2015, je consulte encore un autre ORL qui m'explique que je souffre d'un phénomène d'obstruction nasale paradoxale (trop d'air passe dans mon nez) ce qui entraîne une sensation de nez vide et, à la lecture de mon scanner de 2012, me précise que lui "m'aurait moins coupé de cornets".

 

A présent, mon état de santé continue de se détériorer. Ma respiration reste difficile. Mes douleurs faciales et malaises m'indisposent quotidiennement. Ce qui est également très gênant pour moi n'est pas le regard des autres, dont je me moque, mais le fait qu'ils croient que l'anorexie est à l'origine de ma très grande maigreur.

 

Le simple fait de parler m'essouffle et requiert un gros effort pour retrouver ma respiration. Je suis oppressée, fatiguée. Cette perpétuelle douleur lancinante, partant du front et se propageant tout le côté droit du nez, me contraint à porter des lunettes noires, mes yeux ne supportant plus la luminosité.

 

Je ne pratique plus que très rarement mon loisir favori, la lecture, par manque de concentration. Je n'ai jamais réussi à accepter d'avoir dû renoncer à exercer mon activité professionnelle en 2003. Je ne conduis plus. J'ai développé la phobie des microbes et virus. Je m'impose des mesures d'hygiène strictes.

 

Je pratique néanmoins la marche et la natation à un rythme modéré. Je me remémore souvent mon passé, où j'étais si dynamique, sportive, de nature enjouée, volontaire et atypique, époque où je travaillais beaucoup.

 

Je n'oublie pas que, en ce qui me concerne, il s'agit d'une désastreuse erreur médicale. J'ai su, beaucoup trop tard, que c'est un pneumologue, seul compétent, que j'aurais dû aller consulter après ma maladie en 1991 et non un Orl.

 

Face à mes blessures irréparables, je suis désemparée et découragée. Je regrette que ma confiance ait été trahie par ce praticien qui a bouleversé ma vie.Un énième ORL, consulté il y a peu, m'a clairement indiqué que j'étais atteinte de ce qui est défini comme le syndrome du nez vide.

 

Mon témoignage a pour seul but d'alerter le public et de l'avertir de prendre le temps de réfléchir avant d'accepter une intervention chirurgicale de cette nature.

 


                                              Sandrine J.

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